Lettre à
Bernard
Bernard, ta mort nous a tous pris complètement par surprise, mais quoi
attendre d'autre de ta part ? D'un autre côté, comme dirait mon ami Eric - et
bien d'autres ces derniers jours - pour une mort comme la tienne, où peut-on s'inscrire
?
Le plus difficile pour moi en fait, vivant loin de vous tous aux Pays-Bas, c'était
de me rappeler mon dernier souvenir de toi. Un moment, la peur m'est venue
de ne pouvoir me rappeler les dernières paroles ou ma dernière image de toi. Je
me suis rappelé bien sûr ; fin avril - début juin, à Abcoude chez nous...C'était
surtout un bon souvenir à garder sur soi. Je vous recommande tous à faire de même
: rappelez-vous et fixez cette image...L'autre coup dur fut de savoir que je ne
pourrais plus te voir aujourd'hui, mais c'est probablement mieux ainsi, après
une si longue attent.
J'ai fait la connaissance il y a environ 41 ans, presque 42, mais mes premiers
souvenirs de toi sont assez flous.
Ce qui m'a marqué en tant qu'enfant, c'était ton sens ultra-aigu de justice
et surtout d'injustice : plusieurs fois je t'ai vu te préciper entre deux
bagareurs en pleine rue ou dans un café, réussir à les calmer, et leur offrir
un verre après coup. J'ai suivi ton exemple quelque fois, mais je n'ai réussi
qu'à me prendre des baffes ! A défaut de son courage, j'ai gardé en tout cas cette
même sensibilité extrême à toute injustice, d'où qu'elle vienne...Ce sixième sens
fait tandem avec ton pssé "coco" de "réac" même; je me rappelle les manifs auxquelles
tu m'emmenais, le souvenir de porter un drapeau rouge, etc. Quand on y pense,
avoir été communiste n'est pas banal pour un Vietnamien en France, mais qu'avais-tu
de "banal" en toi ? Rien, c'est ce qui te rend mémorable...
Cela m'amène à cette autre facette de toi, qui est un fil rouge tout au long de
ta vie et au-delà : Bernard le provo, le "j'men-fout-iste", l'excentrique, l'artiste,
le créateur génial, le cultivé, etc. Gérard en a déjà bienparlé. Un aspect de
ça qu'il vaut la peine de mentionner, mis à part l'amour que tu m'as donné du
7ème art et la fierté que j'ai retenue de la nomination aux oscars de ton scénario
" Poussières de Vies", avec Rachid Bouchareb, c'est ton humour parfois génial,
souvent non-intentionnel, pêle-mêle : la honte et la rigolade lorsque tu montrais
tes fesses au balcon, faisais l'idiot au public, tes tournages de films où figuraient
des copains ou des cousins (j'ai des témoins dans la salle), la scène du yaourt
dans ton long métrage : " la petite fille dans un paysage bleu", j'en passe et
des meilleures.
On se rappellera encore ton immense générosité - surtout envers des inconnus.
Cela allait de prêter de l'argent sans en attendre le remboursement à n'importe
qui ou presque, à offrir un bain à un pauvre type à la maison ou encore à prêter
mon lit à la fille d'un copain en besoin de logement, me forçant à dormir sur
le canapé du salon pendant six mois d'affilée. Ou encore à offrir mes BD - je
cite : " à des enfants qui en avait plus besoin que moi." Une bonne leçon de civisme
!
D'autres souvenirs qui m'ont beaucoup marqués en tant qu'enfant, furent tous les
endroits souvent incongrus, beaux ou simplement curieux où tes documentaires,
tes repérages, tes amitiés, nos vacances, etc. nous ont menées . Il m'est resté
cette facilité que tu avais à parler avec tout le monde des choses les
plus intimes - tout le monde ? Presque. Tu avais quand même un drôle d'angle mort
pour tes proches.
Le revers de ta médaille c'est que tu savais te fâcher comme pas un, et
aussi que tu as fait souffrir Marie-Louise ; quel gâchis quand même car rien mais
vraiment rien ne le méritait. En réponse à la question de Gérard sur le "pourquoi"
- pourquoi étais-tu "difficile à vivre" pour te proches ? J'ai développé récemment
une théorie qui va au-delà du constat purement phénoménologique (du genre : impatient,
catégorique ou caractériel), je vous passe les détails, à part un : je suis maintenant
convaincu que si tu étais "difficiel" c'était malgré toi. En ce qui me concerne
en tout cas, tu as été le plus souvent bon, chaleureux, et respectueux. De fait,
tu m'as accessoirement armé à gérer d'autres hommes difficiles dans ma vie et
en particulier au boulot, et ça m'a bien servi, jusqu'à très récemment encore.
Moins positif est que je reproduis certains de tes défauts, tempéré par mon autre
moitié, le côté Marie-Louise - mais c'est bien ainsi.
Un trait de caractère qui va avec ce que je viens de raconter
et que certains reconnaîtront, c'est ton côté "idée fixe". La dernière en date
est la suivante : N'allez surtout pas au musée Van Gogh à Amsterdam, c'est une
supercherie ! En effet, une étude de Bernard montre que 75% des tableaux sont
des faux ! José ici dans la salle t'a demandé : " mais les millions de visiteurs
alors,...Led centaines d'experts, on se serait douté de quelque chose non ? Tu
ne l'as pas dit, mais je t'entends le penser : "tous des cons!". Qu'on se le dise
! il y en a d'autres, par exemple la prévision que mon fils Boris n'aura jamais
de dents, que ma femme Lydie chausse du 42 etc.
En résumé, c'est vrai que tu n'as pas été toujours facile, mais pour ton fils
tu étais un bon père et un drôle de père, et je ne saurais pas quel autre
père me souhaiter de toutes façons. Tu me manques horriblement, pour le meilleur
et pour le pire comme on dit Tu as créé un vide étrange et pénible pour nous tous
à vivre.
J'ai souvent entendu dire, surtout ces dernières années, que tu perdais ton
plaisir à vivre, que tu déprimais,etc. Etrangement peut être, j'ai rarement
perçu e côté obscur : mais qui se trompe alors ? Moi ou les autre ? L'explication
comme souvent est toute simple ( tout le monde a raison) et elle est parmi nous
dans la salle : les quatre petits enfants qui te faisaient regagner ce plaisir
de vivre en notre compagnie, une joie de vivre qui par ailleurs te fuyait de plus
en plus souvent à Paris lorsque tu te retrouvais seul. En fait, ta dernière création
n'est pas un film, ce sont eux : Boris, Frédérique, Sterre, et Silver. Ton dernier
projet, ce n'était pas un scénario, mais le souhait de venir vivre la fin de ton
"film" près de nous aux Pays-Bas. Malheureusement pour nous et pour les petits
enfants, la mort t'a fauché ton épilogue...Heureusement, (je vais dire un cliché)
tu continues de vivre en eux ; ils sont tes tickets pour l'éternité.
Pour finir sur cette pensée, je voudrais te lire - vous lire - la lettre que
ta petite fille Sterre, 6 ans t'a écrite lorsqu'elle a appris ton départ soudain...
(Cette lettre est écrite par Stéphane,le fils de Bernard GESBERT)
Ci-dessous, le texte de l'ASI-AET/D
Les Amis AETD étaient là pour te dire adieu. Ces Dalatois sont :
- BARDOCHAN René
- Jean-Baptiste ALEXANDRE et Solange
- FERLICOT René
- KAZANDJAN Antoine
- GUIGON Charles
- LALOY Etienne
- BATTESTI Léon
- CHARRIERE Pierre
- Sans oublier les autres, notre communauté, nous adressons à ta famille nos sincères condoléances.
- Ce n'est qu'un "AU REVOIR" Cher Dalatois.
Pour l'ASI-AET/D
A. KAZANDJAN
Voici sur Internet quelques réalisations de films par GESBERT Bernard
Poussière de vie
Filmographie
Film
Promouvoir le cinéma Français dans le monde
Promouvoir le cinéma Français dans le monde