LES
ANCIENS ENFANTS DE TROUPE DE DALAT
Ils sont presque tous des enfants abandonnés,
Qui ont grandi dans l'honneur et la dignité,
Eurasiens et fiers, même dans la pauvreté,
Ils n'en voudraient à personne d'être mal aimés.

La guerre s'étendait partout à la ronde,
Pour défendre ces terres du bout du monde,
La France les avait recrutés et entrainés,
Ainsi, à Dalat, leur école est créée.

Ils sont partis joyeux dans leur pleine jeunesse,
Ils sont partis plein d'allant et d'allégresse,
Sous tous les cieux, pour le renom de la France,
Beaucoup sont morts à peine sortis de l'enfance.

Ils sont tombés sous les balles ou la torture,
Sans faiblesse, sans reproche, sans murmure,
Quelque part dans les rizières, au fond d'une fosse,
Gisaient leurs corps sanglants, leurs rêves de gosse

Les plus chanceux, ceux que le sort a épargnés,
Ont donné leur jeunesse et leurs plus belles années,
A la France leur patrie, à la liberté,
Tout simplement par devoir, par fidélité.

Les années ont passé et ils n'ont plus vingt
ans.
Mais toujours fiers d'avoir été vaillants,
Exhibant leurs médailles en rangées épinglées,
Ils parlaient de leurs copains d'une voix étranglée.

Souvent ils se regroupaient comme autrefois,
Il étaient heureux comme le sont les rois,
Commentant à qui mieux mieux leur jeunesse d'antan,
Quand ils étaient jeunes, quand ils avaient vingt ans.

Bientôt ils vont partir et ne reviendront plus,
Jamais plus vous ne les verrez en groupes, émus,
Rappeler devoir, sacrifices, amitiés,
Ces mots passés qui vous ont parfois irrités.

Vous ne les verrez plus auprès de leur monument,
Avec leur vieux fanion qui claquait au vent,
Ils sont au ciel, rassemblés comme au bon vieux temps,
Quand ils étaient pauvres, quand ils avaient vingt ans,
Quand ils étaient soldats et n'avaient pas treize ans,

Treize ans
François NECAS